27/07/2008
Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. Stig Dagerman
En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout où je crois l’apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n’atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre, je me dépêche de m’emparer de ma victime.
Qu’ai-je alors entre mes bras ?
Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l’effroi à bander. Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur.
Mais il y a aussi des consolations qui viennent à moi sans y être conviées et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux : Je suis ton plaisir – aime-les tous ! Je suis ton talent – fais-en aussi mauvais usage que de toi-même ! Je suis ton désir de jouissance – seuls vivent les gourmets ! Je suis ta solitude – méprise les hommes ! Je suis ton aspiration à la mort – alors tranche !
Le fil du rasoir est bien étroit. Je vois ma vie menacée par deux périls : par les bouches avides de la gourmandise, de l’autre par l’amertume de l’avarice qui se nourrit d’elle-même. Mais je tiens à refuser de choisir entre l’orgie et l’ascèse, même si je dois pour cela subir le supplice du gril de mes désirs. Pour moi, il ne suffit pas de savoir que, puisque nous ne sommes pas libres de nos actes, tout est excusable. Ce que je cherche, ce n’est pas une excuse à ma vie mais exactement le contraire d’une excuse : le pardon. L’idée me vient finalement que toute consolation ne prenant pas en compte ma liberté est trompeuse, qu’elle n’est que l’image réfléchie de mon désespoir. En effet, lorsque mon désespoir me dit : Perds confiance, car chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n’est qu’une trêve entre deux jours.
Mais l’humanité n’a que faire d’une consolation en forme de mot d’esprit : elle a besoin d’une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c’est-à-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir la bonté de le remarquer lorsqu’il y parvient.
Personne ne peut énumérer tous les cas où la consolation est une nécessité. Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas. Je peux, par exemple, marcher sur le rivage et ressentir tout à coup le défi effroyable que l’éternité lance à mon existence dans le mouvement perpétuel de la mer et dans la fuite perpétuelle du vent. Que devient alors le temps, si ce n’est une consolation pour le fait que rien de ce qui est humain ne dure – et quelle misérable consolation, qui n’enrichit que les Suisses !
Je peux rester assis devant un feu dans la pièce la moins exposée de toutes au danger et sentir soudain la mort me cerner. Elle se trouve dans le feu, dans tous les objets pointus qui m’entourent, dans le poids du toit et dans la masse des murs, elle se trouve dans l’eau, dans la neige, dans la chaleur et dans mon sang. Que devient alors le sentiment humain de sécurité si ce n’est une consolation pour le fait que la mort est ce qu’il y a de plus proche de la vie – et quelle misérable consolation, qui ne fait que nous rappeler ce qu’elle veut nous faire oublier !
Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Etant donné que je cherche à m’assurer que ma vie n’est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre et je l’offre au monde. En retour, celui-ci me donne la richesse, la gloire et le silence. Mais que puis-je bien faire de cet argent et quel plaisir puis-je prendre à contribuer au progrès de la littérature – je ne désire que ce que je n’aurai pas : confirmation de ce que mes mots ont touché le cœur du monde. Que devient alors mon talent si ce n’est une consolation pour le fait que je suis seul – mais quelle épouvantable consolation, qui me fait simplement ressentir ma solitude cinq fois plus fort !
Je peux voir la liberté incarnée dans un animal qui traverse rapidement une clairière et entendre une voix qui chuchote : Vis simplement, prends ce que tu désires et n’aie pas peur des lois ! Mais qu’est-ce que ce bon conseil si ce n’est une consolation pour le fait que la liberté n’existe pas – et quelle impitoyable consolation pour celui qui s’avise que l’être humain doit mettre des millions d’années à devenir un lézard !
Pour finir, je peux m’apercevoir que cette terre est une fosse commune dans laquelle le roi Salomon, Ophélie et Himmler reposent côte à côte. Je peux en conclure que le bourreau et la malheureuse jouissent de la même mort que le sage, et que la mort peut nous faire l’effet d’une consolation pour une vie manquée. Mais quelle atroce consolation pour celui qui voudrait voir dans la vie une consolation pour la mort !
Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites.
Mais la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l’indépendance. On dirait que j’ai besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. A la lumière de mes actes, je m’aperçois que toute ma vie semble n’avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m’apporter la liberté m’apporte l’esclavage et les pierres en guise de pain.
Les autres hommes ont d’autres maîtres. En ce qui me concerne, mon talent me rend esclave au point de pas oser l’employer, de peur de l’avoir perdu. De plus, je suis tellement esclave de mon nom que j’ose à peine écrire une ligne, de peur de lui nuire. Et, lorsque la dépression arrive finalement, je suis aussi son esclave. Mon plus grand désir est de la retenir, mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité de créer de la beauté à partir de mon désespoir, de mon dégoût et de mes faiblesses. Avec une joie amère, je désire voir mes maisons tomber en ruine et me voir moi-même enseveli sous la neige de l’oubli. Mais la dépression est une poupée russe et, dans la dernière poupée, se trouvent un couteau, une lame de rasoir, un poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par devenir l’esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent comme des chiens, à moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté humaine.
Mais, venant d’une direction que je ne soupçonne pas encore, voici que s’approche le miracle de la libération. Cela peut se produire sur le rivage, et la même éternité qui, tout à l’heure, suscitait mon effroi est maintenant le témoin de mon accession à la liberté. En quoi consiste donc ce miracle ? Tout simplement dans la découverte soudaine que personne, aucune puissance, aucun être humain, n’a le droit d’énoncer envers moi des exigences telles que mon désir de vivre vienne à s’étioler. Car si ce désir n’existe pas, qu’est-ce qui peut alors exister ?
Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer. Personne n’a le droit d’exiger de la mer qu’elle porte tous les bateaux, ou du vent qu’il gonfle perpétuellement toutes les voiles. De même, personne n’a le droit d’exiger de moi que ma vie consiste à être prisonnier de certaines fonctions. Pour moi, ce n’est pas le devoir avant tout mais : la vie avant tout. Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome.
Ce n’est qu’en un tel instant que je peux être libre vis-à-vis de tous les faits de la vie qui, auparavant, ont causé mon désespoir. Je peux reconnaître que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre et que l’éternité se soucie peu de moi. Mais qui me demande de me soucier de l’éternité ? Ma vie n’est courte que si je la place sur le billot du temps. Les possibilités de ma vie ne sont limitées que si je compte le nombre de mots ou le nombre de livres auxquels j’aurai le temps de donner le jour avant de mourir. Mais qui me demande de compter ? Le temps n’est pas l’étalon qui convient à la vie. Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur car il n’atteint que les ouvrages avancés de ma vie.
Mais tout ce qui m’arrive d’important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l’on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beauté l’espace d’une seconde ou l’espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.
Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même occasion, celui des performances que l’on exige de moi. Ma vie n’est pas quelque chose que l’on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos. Il est absurde de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait – mais en conservant sa liberté. Il est également absurde de prétendre que l’homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L’important est qu’il fasse ce qu’il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable.
Je peux même m’affranchir du pouvoir de la mort. Il est vrai que je ne peux me libérer de l’idée que la mort marche sur mes talons et encore moins nier sa réalité. Mais je peux réduire à néant la menace qu’elle constitue en me dispensant d’accrocher ma vie à des points d’appui aussi précaires que le temps et la gloire.
Par contre, il n’est pas en mon pouvoir de rester perpétuellement tourné vers la mer et de comparer sa liberté avec la mienne. Le moment arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l’oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de reconnaître, c’est que l’homme a donné à sa vie des formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. Même avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent sur l’homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont inéluctables. Selon moi, une sorte de liberté est perdue pour toujours ou pour longtemps. C’est la liberté qui vient de la capacité de posséder son propre élément. Le poisson possède le sien, de même que l’oiseau et que l’animal terrestre. Thoreau avait encore la forêt de Walden – mais où est maintenant la forêt où l’être humain puisse prouver qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ?
Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l’instant que je le fasse à l’intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. A son pouvoir je n’ai rien à opposer que moi-même – mais, d’un autre côté, c’est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s’exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. Mais ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n’aurai plus que le silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant.
Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu’une consolation et plus grande qu’une philosophie, c’est-à-dire une raison de vivre.



Commentaires
je relis tropique du capricorne, sans commentaires...pour l'instant, quel horrible gamin, si proche et à l'autre bout de la planète
Ecrit par : m | 28/08/2008
j'attends toujours de passer à l'étape suivante, sagement allongée dans ma baignoire remplie de formol
Ecrit par : m | 03/09/2008
il va aller à paris, moi je reste dans ma tête en compagnie de ma rage dedans, ici ou ailleurs pas d'illusions édulcorées c'est mauvais pour les dents
Ecrit par : m | 03/09/2008
j'étais dans un lit je dormais, il était à gauche et il était à droite; on se parlait calmement, il est très doux, d'une amie commune, lui est mort maintenant pour de vrai et je lui disais ma tristesse et que je ne comprends toujours pas pourquoi, je me réveille et des lignes chaudes disparaissent dans le creux de ma main comme de la buée sur une vitre
Ecrit par : m | 03/09/2008
il vient de franchir le seuil, cette nuit même, il peut casser ce qu'il veut et s'amuser comme il veut, en maître des lieux quand je dors.
Ecrit par : m | 03/09/2008
on m'appelle Blo la Débauche dans le milieu des vieilles filles...
bon, j'ai bien dormi sans rien prendre mais j'ai les yeux tout bouffis parce que j'ai pleuré toute la journée en écoutant de la musique et en regardant the getaway, je nous voyais très bien suffoquant au milieu des ordures tout les deux compressés dans un camion poubelle, puis ensuite marchant main dans la main avec ces sales mouettes qui essaieraient de nous emporter un oeil au passage, oh oui très belle image. si l'art de braquer des banques n'était pas devenu quelque chose de maintenant réservé aux programeurs, je te proposerais bien de tenter le coup, non pas par gout du romantisme, ça je m'en rends bien compte, mais par désir de briser une bonne fois pour toute les barrières sordides qui me bouchent la vue depuis trop longtemps.des actes, de bons vieux vrais actes qui seraient le prolongement naturel de nos pensées. c'est à ça que je pense ce matin, qu'effectivement dans l'histoire il nous faudrait deux paires de couilles...
bon je cherche des apparts mais j'ai pas envie, c'est cher et minuscule, tu imagines ali macgraw dans un 15 m 2, c'est un peu comme une panthère dans une cage, tout ça pour se trouver au centre de la connerie des autres, même pas un peu la notre... tu te rends compte, je suis passée dans ton inconscient, peut être provisoirement, enfin j'espère, sinon ça veut dire que t'es plus rapide que moi, ou que j'ai pas compris, déjà que tu me dis même pas que tu souffres, ou alors je dois deviner, attention si tu souffres pas j'arrête de souffrir sur le champs, ça c'est du chantage affectif clair et limpide, tu te dis que c'est dur pour moi et c'est ça qui te donne des cauchemars???...bon j'en ai rêvé aussi, il était surtout question du fait qu'on s'était déjà fait subir ce genre de situation, et on se disait d'un commun accord avec d'autres gens que 'bon, là ça suffit, oh' en gros commme pourrait dire mon père.
Ecrit par : m | 08/09/2008
je cache rien, je sors tout en bordel vomissures
Ecrit par : m | 08/09/2008
réponse express de lui à moi, mise ici sans aucune pudeur
Ecrit par : m | 08/09/2008
C'est un bon résumé apocalyptique, c'est tout à fait ça, dans l'apocalypse. Je peux pas te dire que je souffre parce que toute ma stratégie des dernières années a été basée sur le fait de refuser la souffrance et de trouver le moyen de la biaiser au maximum; et il se trouve que toujours par manque de sommeil et fatigue dure, je suis incapable d'aligner deux idées, ou même deux trucs tout simples, alors être assez continu pour souffrir, ça paraît lointain - aussi: la situation est nouvelle, et mon cerveau brumeux-cotonneux. Cependant, je ne sais pas si je te l'ai dit mais tu peux arrêter de souffrir, je pense que tu n'en as pas besoin - je veux dire pas plus que ton ordinaire de souffrance continue. Regarde-moi: je vis tout cela à un niveau inconscient (d'ailleurs toi c'est ton inconscient qui est raisonnable et qui fait les comptes, en fait, il suffit de le savoir) qui ne me dérange pas pour accomplir mes actions quotidiennes comme faire des pâtes ou avoir sommeil, ou avoir soif, ou avoir envie de dormir, ou me retenir de boire, ou sombrer dans l'inconscience. Moi aussi je vais chercher des appartements de 12 mètres carrés mais pour te dire comme je suis au radar, j'imagine ça comme une cellule de moine et l'idée me paraît acceptable. C'est n'importe quoi. Moins n'importe quoi que le Getaway du nouveau millénaire mais quand même.
Ecrit par : m | 08/09/2008
Il est parti ce matin. Je l'ai emmené à la gare et il a pris le train pour Paris. Je suis rentrée chez nous,sur la route il n'y avait personne, comme si les figurants avaient eux aussi abandonné le décor, sans savoir si le film était bien achevé. La maison est vide, je chante pour ne pas réfléchir tout de suite, pour retarder la montée ou faire diversion, je fuis mais la musique me rattrape, puis la fin du livre Tropique du Capricorne, comme un fait exprès, et je suis perdue, il n'y a pas de vérité, je ne fais que pleurer et pleurer encore après avoir pleuré, je ne sais plus rien. C'est que je dois l'aimer, je ne me rends pas compte, sinon je ne serais pas dans cet état. Mais l'usure court circuite ou autre chose, cette chose qui avant me faisait partir en éclat de rire quand je pleurais, une trop longue expérience de l'angoisse mal nourrie, cannibalesque. Je n'ai pas envie de surmonter ça, d'être forte, je vais m'effondrer pendant un petit moment, me nourrir du chagrin propre et cohérent des autres. C'est la fin, c'est fini. Je suis terrifiée, peut être plus que lui, j'ai fait semblant de dormir toute la nuit et lui aussi je crois, je ne voulais pas pleurer devant lui et j'ai tenu, allongés côte à côte sans sommeil. Je suis sa petite fille, je suis sa mère, il est mon frère, il est mon dieu, mon océan. Cette fois ci c'est pour de vrai. Il va falloir ouvrir la porte. Il va falloir que nous sortions pour nous exposer en pleine lumière, et nous pensons chacun en notre coeur, dans notre nuit, nous pouvons toujours choisir la mort, nous aurons ça, à nous, pour nous, notre mort. Je ne l'ai pas tué ce matin, mon amour pour lui est une telle évidence que je me demande bien à quoi on joue, si c'est bien sérieux tout le reste, les gestes, le gros sac, le café, les gens, les voitures, si on doit en tenir compte finalement. Je pense à travers lui que je ne dois pas verser dans le tragique, mais ce que je ressens est un véritable ras de marée nauséeux bien plus tragique que toutes les tragédies que j'ai jamais lues, je pense à Solaris par exemple, ne jamais vraiment mourir, sans fin, atroce souffrance renouvelée sans cesse. Mais si tu me dis de ne pas tomber je vais tomber, et je tombe dans tes yeux comme il y a cinq ans, comme il y a trois ans, avec la même sensation de nudité totale, d'abandon, j'arrive sans armes et sans défense au centre de ton coeur. Love is a losing game, oui tu le chante très bien petite Amy... Mais nous sommes tellement perdus à notre manière, tellement perplexes à longueur de temps, je suis épuisée et le flot du malaise se traduit physiquement, retour du froid dans la tête, impressions de déjà vu paralysantes, dépression express, courant d'air glacial dans toutes les pièces du cerveau que rien ne vient stopper. Je tente de me noyer dans la musique, le dialogue de la maman et la putain, le concerto n° 23 pour piano et orchestre de mozart, tristan et isold, un taxi pour le paradis, je crois que ça neutralise le noyau de souffrance pure, ça canalise le truc, comme la lecture de Miller,, sinon je deviendrai folle certainement, mais là, d'autres frères humains ont vécu ça et l'on traduit en mélodies, en mots, je suis perdue entre les deux quelque part entre le traduit et l'intraduisible et je fais le yoyo épuisé entre les deux, je devrais dormir, mais je ne veux pas que les choses s'éclaircissent, j'aime sentir oh combien mon intelligence n'arrive pas à la cheville de mes sentiments, qui poussent toujours plus en avant, dans tout les sens. mais c'est toujours trop gentil, trop confortable, lui il parle de renaissance, qu'il faut accepter la perte, la mort, ils affirment, moi je suis le chemin inverse, je sombre dans le mutisme, je zappe d'une idée courte à une autre, toujours par peur de ce noyau dur de souffrance qui brûle toute mon énergie, la réduit à néant, comme un soleil noir qui se moque de tout car il est le début et la fin. J'ai envie de me jeter dans les bras de quelqu'un d'autre sans attendre, quelqu'un qui me ferait tout de suite comprendre que je me trompe et que je perds mon temps. Si seulement je pouvais voir S. mais elle est en cure, et M. préfère l'épistolaire, et T. pense me connaître et j'ai horreur de ça, que l'on puisse penser que tout est là, tout les morceaux et D me prend certainement pour une pauvre folle dépressive, ce qui n'est pas entièrement faux, et P pense que si je continue à prendre des cachets je ne serais bientôt plus connectée du tout, idem et N qui m'attend depuis un an se réchauffant au feu de sa folie, belle, baroque et unique. Je suis faible, je vais aller danser dans la forêt pour me fuir encore.
Ecrit par : m | 08/09/2008
ma vidéo de la journée, Sophie-Amy wandering on the motorway, transcendant...
http://fr.youtube.com/watch?v=uVqZXiSEDAg
Ecrit par : m | 08/09/2008
et nicolas a la même gestuelle que pete aussi...mais il ne se drogue pas
amu and pete crazy night in london:
http://fr.youtube.com/watch?v=pS6hHQmxdMw&feature=related
Ecrit par : m | 08/09/2008
surtout quand il se torche avec le magazine, c'est frappant...mémo perso car qui connait nicolas??
Ecrit par : m | 08/09/2008
variation thérapeutique, changement de cap (de camp?) homéopathique: je lis Les 120 journées de Sodome où il est beaucoup question de caca...
Ecrit par : m | 09/09/2008
la paresthésie...tout un univers.
Ecrit par : m | 09/09/2008
excitation de l'esprit par des sujets inadéquats
Ecrit par : m | 09/09/2008
ou alors excitation de l'instinct sexuel par des objets inadéquats, j'adore cette phrase.
(je suis anesthésiée par ma paresse)
Ecrit par : m | 09/09/2008
-avez vous bien dîné?
-fort bien, monsieur, sauf la merde
Ecrit par : m | 09/09/2008
c'est une réplique d'Alcide- capitaine Bordure
Ecrit par : m | 09/09/2008
le général ivolguine, il me fait rire moi aussi.
Ecrit par : m | 09/09/2008
Casting: concept très Andy Warhol, fondé sur l’inépuisable croyance que si l’âme existe, elle est photogénique.
Ecrit par : abraham | 09/09/2008
http://www.dailymotion.com/video/x528un_extrait-la-maman-et-la-putain-de-eu_shortfilms
Ecrit par : m | 09/09/2008
http://www.dailymotion.com/related/x528un_extrait-la-maman-et-la-putain-de-eu_shortfilms/video/x2xrf1_jean-eustache-la-maman-et-la-putain_shortfilms
Ecrit par : m | 09/09/2008
http://www.dailymotion.com/relevance/search/la%2Bmaman%2Bet%2Bla%2Bputain/video/x1v2aw_la-maman-et-la-putain_shortfilms
Ecrit par : m | 09/09/2008
je me sens "merdique".
Ecrit par : m | 09/09/2008
il est en morceau sur youtube aussi je viens de m'en rendre compte.
Ecrit par : m | 09/09/2008
je n'ai même pas la consolation d'éprouver de la tristesse, juste une angoisse diffuse, en morse. je ne me rapelle plus pourquoi il est parti, pourquoi je l'ai laissé partir. je ne mange plus, nouée de l'estomac à la tête, les jambes en nuages. je ne suis rien et rien ne me traverse, il ne me reste que mes yeux, mais ils sont secs et trop grands ouverts sur le vide.
mon ami m'a contacté aujourd'hui, il m'a écrit qu'il m'aime et que les moments que nous passons ensemble et qui sont si rares lui sont précieux, c'est aussi ce que je pense évidemment. Puis il m'a appris que sa mère est morte, à la fin du message. Je ne l'ai pas appelé.
Ecrit par : m | 10/09/2008
nuit hébriétaire , je mange des pâtes froides en écoutant de la musique, il est 7h du mat
Ecrit par : m | 12/09/2008
je fais une sorte de monologue sur deezer aussi, mais personne à rien v non plus là bas
Ecrit par : m | 12/09/2008
http://fr.youtube.com/watch?v=D_4CfERMywQ
comme les anges déchus de la planète saint michel...
Ecrit par : m | 13/09/2008
oh putain mes coms disparaissent là aussi, oh tant pis m'en fout
Ecrit par : m | 14/09/2008
.. je t'ai retrouvée..
je vais copier coller et lire aprsè (là, j'ai la migraine)
(donc on baise pas ce soir)
Ecrit par : abraham | 28/09/2008
48 heures à l'intérieur, le ciel stupide
Ecrit par : made | 27/12/2008
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